Si vous avez quelques minutes à tuer je vous invite à lire ce billet de Eric Delcroix sur les notions d’identité numérique, e-réputation, personnal branding. Certes c’est un peu long mais ça permet de réfléchir un peu aux choses. Ce qui me semble surtout intéressant c’est la difficulté pour finalement définir ce qui semble le plus simple : l’identité numérique.
On mélange tout et on associe systématiquement à identité numérique des choses qui relèvent de la marque personnelle. Eric Delcroix va un peu a contre courant pour le coup car vous pourrez souvent lire l’inverse. Tout l’intérêt de ce billet et là. Cela fait du bien parfois de réfléchir un peu.
On pourrait pourtant s’en tenir à la définition stricte du dictionnaire :
Identité : nom féminin – (bas lat. identitas, du lat. idem, le même) Ensemble des données de fait et de droit (date et lieu de naissance, nom, prénom, filiation, etc.) qui permettent d’individualiser quelqu’un.
L’identité numérique serait alors ce qui permet d’attribuer une trace, une présence sur internet, à la bonne personne. L’identité numérique relèverait alors de la simple « civilité », du « Veuillez décliner votre identité » ou « Vos papiers s’il vous plait« .
Notons quand même que dans la vie réelle, pour arriver a authentifier réellement qui est qui, il a fallu mettre en place des registres d’état civil, des cartes d’identité infalsifiables et des passeports. Pour l’instant sur internet on peut se créer une identité fictive. L’identité numérique c’est de dire « la personne qui signe ces messages c’est moi ».
L’e-reputation et le personnal branding touchent eux plus à ce que nous sommes, ce que nous voulons montrer ou pas, ce que nous voulons associer à notre identité car bien sûr nous sommes beaucoup plus qu’un simple pseudo ou patronyme.
En tant que webacteurs nous avons ainsi pris la décision et l’habitude de décliner notre identité numérique en nous présentant entièrement. Là où l’on nous demande qu’un nom et un prénom, nous étalons parfois notre vie….
Il est important de donner corps à ce sujet, ne serait-ce que pour sensibiliser - par exemple - nos chers étudiants au sens de ce qu'ils font en ligne au regard de leur avenir proche.
Cela dit, le terme "identité" est impropre. Sur le web.
On n'a pas d'identité, on a des projections médiatiques de soi. Ces projections dépendent à la fois du sens qui est donné par l'individu au regard de ce qu'il attend du profil qu'il renseigne, mais également du contexte social et média du support sur lequel cela se passe. Mon compte Flickr ne participe pas des mêmes buts que mon compte Facebook ou que mon compte LinkedIn.
Ces projections sont médiatiques car elles sont des supports médias personnels destinés à un public donné. D'où la notion de "personal branding", étant entendu que les études menés notamment par Orange Labs et la FING ont bien montré que la proportion de gens qui élaborent vraiment une stratégie, qui plus est de conquête est marginal.
Sur le web, 85% des gens cherchent simplement à cultiver autrement les relations qu'ils ont avec des gens qu'ils connaissent déjà. Les blogueurs étaient fondamentalement ces 15% de gens en recherche d'exposition, mais les 85% autres n'ont pas ces buts.
Enfin, il est bien connu maintenant que les gens, de part le fait qu'ils ne donnent pas le même but à chacune de leurs projections, aiment à les cloisonner. Je n'ai pas le même contours social sur Facebook et sur LinkedIn. Et sur Hellotipi j'ai ma famille et des amis très proches. Et je ne fais pas la même chose et ne publie pas les mêmes contenus sur chacun d'eux. Sur Facebook, il y a l'existence de mon compte LinkedIn, pas de mes groupes Hellotipi. Moi comme 85% des gens, on crée des ponts ou des barrières, on ne mélange pas les torchons et les serviettes.
Il n'y a rien de très nouveau dans tout ça, les gens faisaient déjà pareil dans les groupes sociaux dans lesquels ils étaient. On n'est pas habillé pareil et on ne se comporte pas de la même façon en société et avec ses beaux-parents.
Tout ça pour dire qu'il faut mesurer à sa juste proportion les dimensions stratégiques et tactiques prêtées aux utilisateurs et faire attention avec le terme "identité". Et je ne parle même pas de la notion bureaucratique que ce mot a. Les socios préfèrent d'ailleurs parler des "facettes" numériques d'un individu (parce que c'est une projection et qu'on peut en avoir plusieurs).
Pour le reste, personal branding peut-être, en recherche d'emploi ou carriérisme, pour un marché du coaching personnel et sans nier qu'il devient dangeureux de ne pas réseauter numériquement. Faire du réseau, une chose vue de manière négative en France et qui est en train de changer grace au web, ne nous en plaignons pas.
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